Tarik s’habille en femme, se maquille, danse sur le chariot de son père, dans la pure tradition de ces hommes travestis qui égayaient les cérémonies de mariage. Mais derrière cette joie contrainte, cette allégresse de circonstance, se dissimulent un mal-être et une tristesse profonde.
THE SEA IS BEHIND
en VOD
de Hicham Lasri
Tarik s’habille en femme, se maquille, danse sur le chariot de son père, dans la pure tradition de ces hommes travestis qui égayaient les cérémonies de mariage. Mais derrière cette joie contrainte, cette allégresse de circonstance, se dissimulent un mal-être et une tristesse profonde.
Récompenses et distinctions
2015, Festival Panorama Bernilale, Berlin (Allemagne), en compétition (Sélection officielle) - 2016, Festival National du Film de Tanger (Maroc), Prix de la critique et Prix de la meilleure réalisation - 2015, Vues d'Afrique, Montréal (Canada), Prix du Meilleur Long-métrage et du Meilleur acteur - 2015, Festival des cinémas d'Afrique des pays d'Apt (France), Mention spéciale du Jury - 2015, Festival International du film du Caire (Egypte), en compétition pour le Meilleur film arabe - 2014, Festival International du film de Dubaï (Emirats Arabes Unis), en compétition.
À Propos du film
"(...) dérangeant et dérangé. Le petit génie underground marocain a encore frappé."
Transfuge
"C’est beau, novateur, émouvant."
L'Obs
Explications sur le titre du film
Les Omeyyades sont une dynastie arabe de califes qui gouvernent le monde musulman de 661 à 750. Ils tiennent leur nom de leur ancêtre Umayyah ibn Abd Šams, grandoncle du prophète Mahomet. À la suite de multiples guerres et au fil des conquêtes, le Califat omeyyade devient le plus grand État musulman de l’Histoire, étendant ses frontières de l’Indus jusqu’à la péninsule Ibérique (il ira même au-delà des Pyrénées avant d’être arrêté et refoulé par Charles Martel à la bataille de Poitiers, en 732). Au printemps 711, Tāriq ibn Ziyād engage la conquête de la péninsule Ibérique, à la tête de 12 000 hommes, majoritairement des berbères. Tāriq débarque à Gibraltar (en arabe « la montagne de Tariq ») et, ayant brûlé ses navires, tient ce discours, devenu célèbre, à ses soldats : « Ô gens, où est l’échappatoire ? La mer est derrière vous, et l’ennemi devant vous, et vous n’avez par Dieu que la sincérité et la patience […] » Ainsi commence la conquête de la péninsule ibérique qui aboutira, en 716, à la naissance d’une nouvelle province omeyyade, modèle de culture et de civilisation, l’Andalousie.
Entretien avec HICHAM LASRI
En cette année 2015, vous présentez votre troisième long-métrage de cinéma, The Sea is behind. Le film met en place une réalité parallèle à la nôtre, dans laquelle l’eau courante est contaminée et génère des sortes de gros pixels, qui se répandent ci et là dans le décor et sur les personnages, et semblent suggérer un certain dysfonctionnement de notre société contemporaine. De par ses personnages de marginaux, nombreux et décalés, ainsi que son humour noir, le film semble entrer dans la continuité de Android, de The End et de C’est Eux les chiens, à la différence près que contrairement à ce qui est fait dans ce dernier, vous filmez à nouveau en noir et blanc. Les raisons de ce choix chromatique sontelles les mêmes que pour Android et The End ?
- Non. C’est une autre histoire, et ce n’est pas parce qu’il n’y a du noir et blanc qu’il faut nécessairement rapprocher The Sea is behind des deux autres films. J’avais envie de raconter un refroidissement et plus précisément le refroidissement d’une société qui passe de la tolérance à l’intolérance. Il y a par exemple le héros du film, Tarik, qui s’habille en femme car c’est son métier, il danse pour des fêtes et des processions. Il y a une quinzaine d’années, c’était quelque chose de très banal, qui n’engrangeait aucune polémique. Mais aujourd’hui, c’est quelque chose qui passe très difficilement le cap de l’imagination. Comme dans C’est eux les chiens, je voulais donc raconter le télescopage entre une vision du passé, celle d’un homme habillé en femme et qui danse parce qu’à l’époque les femmes n’étaient pas censées danser, et la société actuelle, qui est davantage conservatrice. Je voulais également ramener la métaphore d’une société mourante à travers la figure du vieux cheval. Quelque chose est en train de disparaître, de s’éteindre, de se dissoudre dans la réalité, et cette réalité n’est pas très reluisante, d’autant qu’il y a, au milieu de tout cela, ce nœud narratif très important qui est celui de la perte de la famille. Il s’agit cette fois d’un père qui perd ses enfants. Et il y a un autre père, celui de Tarik, qui est en train de perdre son vieux cheval qui est à ses yeux son bien le plus précieux, encore davantage que son fils. C’est également ce drame qui tisse le désespoir du héros, ainsi que du monde dans lequel il évolue. J’aime bien l’idée de montrer un monde souillé, où il n’y a plus d’espace pour la tolérance ni pour l’espoir. C’est un monde alternatif, parallèle au nôtre en effet, dans lequel je ne montre pas de gens « ordinaires ». Il s’agit presque d’un pays de science-fiction, qui renvoie d’ailleurs au monde dépeint dans mon roman Stati©. Mais cela ne m’empêche pas de montrer des choses actuelles, comme l’intolérance bien sûr, mais aussi la prostitution, la zoophilie… Mais une fois de plus je n’en parle pas au premier degré, donc ça crée forcément un décalage, et l’on évite ainsi le jugement direct.
Au delà du noir et blanc, il y a également un travail intéressant sur la couleur qui, comme dans Android, est disséminée par petites touches dans le film, le rendant encore plus étrange, et lui octroyant également une certaine note de chaleur et d’espoir. Dans votre roman Sainte Rita, vous posez les questions suivantes : « Comment être un zèbre en couleurs dans un film en noir et blanc ? » et « Pourquoi dans les films en Technicolor, les portraits au mur sont toujours en noir et blanc ? »
- Ce sont des questions rhétoriques, qui me servent à faire mon petit malin ! Dans Android, le monde est gris, cramé, et seules les marques de l’écrasement corporatiste sont en couleur, car ce sont des éléments et des mots – Adidas, McDonald’s, MTV… – que tout le monde connaît, ce qui permet de donner au film une certaine langue, disons, universelle. Dans The End, il fallait que je garde de la distance, car il s’agissait de parler du roi, et je n’ai pas envie d’être censuré. En ce qui concerne The Sea is behind, je voulais raconter un monde où il n’y a pas d’émotions, ce qui fait que quand une émotion apparaît, elle est mise en avant par l’utilisation de la couleur. À un moment, un personnage reçoit un coup, et retentit alors une explosion en couleur qui renvoie directement au cartoon, ce qui permet d’apporter de la dérision à cette scène. Il y a également les ongles des orteils de la femme qui sont colorés, ce qui suggère l’émotion que ressent Tarik, et le plan final du film, qui montre la mer en couleur, peut suggérer l’idée que le héros va peut-être connaître des jours meilleurs. Il n’y a donc pas de redondances au fil des trois projets. Ce que j’aime avec la couleur, c’est que quand on ne l’insère que par petites touches, on fait davantage réfléchir le spectateur. Il est vrai que ce traitement chromatique donne un vernis « art et essai » qui peut servir ou desservir les films, mais cela ne m’empêche pas de continuer à faire des films en couleurs de temps à autre. Le tout est de rester cohérent par rapport aux éléments qui composent le film. La couleur n’est pas seulement « jolie » et le noir et blanc n’est pas seulement « sympa ». Si l’on se contente de raisonner ainsi, on verse dans la gratuité, et c’est contre-productif.
La question des relations entre les générations, plus précisément entre les parents et leur enfants, ne semblent pas toujours très simples. Cette idée se retrouve notamment dans vos trois premiers longs métrages de cinéma, The End, C’est eux les chiens et The Sea is behind. S’agit-il d’un constat sur une certaine réalité de la société et de la famille marocaines ?
- C’est beaucoup plus simple ! Mon père et moi avions des rapports extrêmement denses, mais aussi très complexes. Il était très important pour moi car il était celui de la famille qui me ramenait des comics. Mais il y a eu une coupure, quand j’avais quatorze ans, qui a été très dure. Nous n’étions plus sur la même longueur d’ondes. C’était l’adolescence, et ce besoin de « tuer » les parents… Nous avons eu pendant très longtemps des relations assez ombrageuses, et je ne me rendais pas compte, en faisant plus tard des livres et des films, que je ne racontais que cette histoire. Je ne faisais que la ressasser, avec des variantes de plus en plus denses. Ce n’est qu’après The End que j’ai réalisé que ce n’était que d’histoires de pères : le roi est lui-même le père de la nation ! Cela se voit aussi, bien sûr, dans C’est eux les chiens et dans The Sea is behind. Mon père joue d’ailleurs un rôle dans The Sea is behind ainsi que dans Starve Your Dog, dans lequel il reçoit une bicyclette en pleine figure … J’ai tué mon père dans mon propre film, car il n’a pas voulu m’acheter de bicyclette lorsque j’étais enfant !
The Sea is behind et Starve Your Dog ne sont pas encore sortis en salles, Jahilia – Ici on noie les chiens, long métrage que vous avez tourné récemment, est encore en post-production, votre nouveau court-métrage Ligne de vie vient d’être finalisé, et vous êtes actuellement en pleine réalisation des Nains… Dans Stati©, vous qualifiez le réalisateur américain Steven Soderbergh de « nouveau Speedy Gonzales du cinéma mondial », mais je me permets de vous adresser le même compliment. Comment procédez-vous en effet pour faire se succéder, à un rythme aussi effréné, les réalisations de films, téléfilms, courts métrages et autres séries télévisées, ainsi que les publications de romans, nouvelles et pièces de théâtre qui constituent l’ensemble de votre carrière pourtant encore très jeune ?
- C’est très simple : je travaille tous les jours, et je suis toujours très concentré. Je ne m’autorise pas beaucoup de distractions, mes seuls vices consistant à regarder des films, à chercher des bandes dessinées dans les marchés aux puce, et à les lire. Cela me laisse beaucoup de temps pour travailler sur mes projets, qui sont en effet très variés, et qui oscillent régulièrement entre le personnel et la commande. Je pense avoir toujours été assez stakhanoviste. Même Nabil Ayouch, au moment de notre rencontre, me disait que j’avais la « diarrhée » car je lui balançais scénario sur scénario ! J’ai conservé ce rythme, donc je ne m’étonne pas vraiment de tout ce que j’ai déjà pu faire, que cela soit bien ou moins bien. Quand j’ai une idée, je ne la mets pas de côté en me disant que je m’en occuperai plus tard, car ce serait courir le risque de la perdre. Je la développe donc, et j’écris le scénario. Je m’inflige beaucoup de discipline : si je décide d’écrire un scénario en un mois, je l’écris en un mois. C’est une méthode qui me permet de bien me concentrer, et surtout de bien travailler. Il faut dire aussi que j’adore écrire, donc dès que j’en ai le temps, je m’y colle. C’est un peu comme le sport : pour garder la forme, il ne faut jamais cesser de produire.
Entretien réalisé par Roland Carrée en juin 2015 à Casablanca, issu de Répliques n°5

THE SEA IS BEHIND
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de Hicham Lasri
Tarik s’habille en femme, se maquille, danse sur le chariot de son père, dans la pure tradition de ces hommes travestis qui égayaient les cérémonies de mariage. Mais derrière cette joie contrainte, cette allégresse de circonstance, se dissimulent un mal-être et une tristesse profonde.
Récompenses et distinctions
2015, Festival Panorama Bernilale, Berlin (Allemagne), en compétition (Sélection officielle) - 2016, Festival National du Film de Tanger (Maroc), Prix de la critique et Prix de la meilleure réalisation - 2015, Vues d'Afrique, Montréal (Canada), Prix du Meilleur Long-métrage et du Meilleur acteur - 2015, Festival des cinémas d'Afrique des pays d'Apt (France), Mention spéciale du Jury - 2015, Festival International du film du Caire (Egypte), en compétition pour le Meilleur film arabe - 2014, Festival International du film de Dubaï (Emirats Arabes Unis), en compétition.
À Propos du film
"(...) dérangeant et dérangé. Le petit génie underground marocain a encore frappé."
Transfuge
"C’est beau, novateur, émouvant."
L'Obs
Explications sur le titre du film
Les Omeyyades sont une dynastie arabe de califes qui gouvernent le monde musulman de 661 à 750. Ils tiennent leur nom de leur ancêtre Umayyah ibn Abd Šams, grandoncle du prophète Mahomet. À la suite de multiples guerres et au fil des conquêtes, le Califat omeyyade devient le plus grand État musulman de l’Histoire, étendant ses frontières de l’Indus jusqu’à la péninsule Ibérique (il ira même au-delà des Pyrénées avant d’être arrêté et refoulé par Charles Martel à la bataille de Poitiers, en 732). Au printemps 711, Tāriq ibn Ziyād engage la conquête de la péninsule Ibérique, à la tête de 12 000 hommes, majoritairement des berbères. Tāriq débarque à Gibraltar (en arabe « la montagne de Tariq ») et, ayant brûlé ses navires, tient ce discours, devenu célèbre, à ses soldats : « Ô gens, où est l’échappatoire ? La mer est derrière vous, et l’ennemi devant vous, et vous n’avez par Dieu que la sincérité et la patience […] » Ainsi commence la conquête de la péninsule ibérique qui aboutira, en 716, à la naissance d’une nouvelle province omeyyade, modèle de culture et de civilisation, l’Andalousie.
Entretien avec HICHAM LASRI
En cette année 2015, vous présentez votre troisième long-métrage de cinéma, The Sea is behind. Le film met en place une réalité parallèle à la nôtre, dans laquelle l’eau courante est contaminée et génère des sortes de gros pixels, qui se répandent ci et là dans le décor et sur les personnages, et semblent suggérer un certain dysfonctionnement de notre société contemporaine. De par ses personnages de marginaux, nombreux et décalés, ainsi que son humour noir, le film semble entrer dans la continuité de Android, de The End et de C’est Eux les chiens, à la différence près que contrairement à ce qui est fait dans ce dernier, vous filmez à nouveau en noir et blanc. Les raisons de ce choix chromatique sontelles les mêmes que pour Android et The End ?
- Non. C’est une autre histoire, et ce n’est pas parce qu’il n’y a du noir et blanc qu’il faut nécessairement rapprocher The Sea is behind des deux autres films. J’avais envie de raconter un refroidissement et plus précisément le refroidissement d’une société qui passe de la tolérance à l’intolérance. Il y a par exemple le héros du film, Tarik, qui s’habille en femme car c’est son métier, il danse pour des fêtes et des processions. Il y a une quinzaine d’années, c’était quelque chose de très banal, qui n’engrangeait aucune polémique. Mais aujourd’hui, c’est quelque chose qui passe très difficilement le cap de l’imagination. Comme dans C’est eux les chiens, je voulais donc raconter le télescopage entre une vision du passé, celle d’un homme habillé en femme et qui danse parce qu’à l’époque les femmes n’étaient pas censées danser, et la société actuelle, qui est davantage conservatrice. Je voulais également ramener la métaphore d’une société mourante à travers la figure du vieux cheval. Quelque chose est en train de disparaître, de s’éteindre, de se dissoudre dans la réalité, et cette réalité n’est pas très reluisante, d’autant qu’il y a, au milieu de tout cela, ce nœud narratif très important qui est celui de la perte de la famille. Il s’agit cette fois d’un père qui perd ses enfants. Et il y a un autre père, celui de Tarik, qui est en train de perdre son vieux cheval qui est à ses yeux son bien le plus précieux, encore davantage que son fils. C’est également ce drame qui tisse le désespoir du héros, ainsi que du monde dans lequel il évolue. J’aime bien l’idée de montrer un monde souillé, où il n’y a plus d’espace pour la tolérance ni pour l’espoir. C’est un monde alternatif, parallèle au nôtre en effet, dans lequel je ne montre pas de gens « ordinaires ». Il s’agit presque d’un pays de science-fiction, qui renvoie d’ailleurs au monde dépeint dans mon roman Stati©. Mais cela ne m’empêche pas de montrer des choses actuelles, comme l’intolérance bien sûr, mais aussi la prostitution, la zoophilie… Mais une fois de plus je n’en parle pas au premier degré, donc ça crée forcément un décalage, et l’on évite ainsi le jugement direct.
Au delà du noir et blanc, il y a également un travail intéressant sur la couleur qui, comme dans Android, est disséminée par petites touches dans le film, le rendant encore plus étrange, et lui octroyant également une certaine note de chaleur et d’espoir. Dans votre roman Sainte Rita, vous posez les questions suivantes : « Comment être un zèbre en couleurs dans un film en noir et blanc ? » et « Pourquoi dans les films en Technicolor, les portraits au mur sont toujours en noir et blanc ? »
- Ce sont des questions rhétoriques, qui me servent à faire mon petit malin ! Dans Android, le monde est gris, cramé, et seules les marques de l’écrasement corporatiste sont en couleur, car ce sont des éléments et des mots – Adidas, McDonald’s, MTV… – que tout le monde connaît, ce qui permet de donner au film une certaine langue, disons, universelle. Dans The End, il fallait que je garde de la distance, car il s’agissait de parler du roi, et je n’ai pas envie d’être censuré. En ce qui concerne The Sea is behind, je voulais raconter un monde où il n’y a pas d’émotions, ce qui fait que quand une émotion apparaît, elle est mise en avant par l’utilisation de la couleur. À un moment, un personnage reçoit un coup, et retentit alors une explosion en couleur qui renvoie directement au cartoon, ce qui permet d’apporter de la dérision à cette scène. Il y a également les ongles des orteils de la femme qui sont colorés, ce qui suggère l’émotion que ressent Tarik, et le plan final du film, qui montre la mer en couleur, peut suggérer l’idée que le héros va peut-être connaître des jours meilleurs. Il n’y a donc pas de redondances au fil des trois projets. Ce que j’aime avec la couleur, c’est que quand on ne l’insère que par petites touches, on fait davantage réfléchir le spectateur. Il est vrai que ce traitement chromatique donne un vernis « art et essai » qui peut servir ou desservir les films, mais cela ne m’empêche pas de continuer à faire des films en couleurs de temps à autre. Le tout est de rester cohérent par rapport aux éléments qui composent le film. La couleur n’est pas seulement « jolie » et le noir et blanc n’est pas seulement « sympa ». Si l’on se contente de raisonner ainsi, on verse dans la gratuité, et c’est contre-productif.
La question des relations entre les générations, plus précisément entre les parents et leur enfants, ne semblent pas toujours très simples. Cette idée se retrouve notamment dans vos trois premiers longs métrages de cinéma, The End, C’est eux les chiens et The Sea is behind. S’agit-il d’un constat sur une certaine réalité de la société et de la famille marocaines ?
- C’est beaucoup plus simple ! Mon père et moi avions des rapports extrêmement denses, mais aussi très complexes. Il était très important pour moi car il était celui de la famille qui me ramenait des comics. Mais il y a eu une coupure, quand j’avais quatorze ans, qui a été très dure. Nous n’étions plus sur la même longueur d’ondes. C’était l’adolescence, et ce besoin de « tuer » les parents… Nous avons eu pendant très longtemps des relations assez ombrageuses, et je ne me rendais pas compte, en faisant plus tard des livres et des films, que je ne racontais que cette histoire. Je ne faisais que la ressasser, avec des variantes de plus en plus denses. Ce n’est qu’après The End que j’ai réalisé que ce n’était que d’histoires de pères : le roi est lui-même le père de la nation ! Cela se voit aussi, bien sûr, dans C’est eux les chiens et dans The Sea is behind. Mon père joue d’ailleurs un rôle dans The Sea is behind ainsi que dans Starve Your Dog, dans lequel il reçoit une bicyclette en pleine figure … J’ai tué mon père dans mon propre film, car il n’a pas voulu m’acheter de bicyclette lorsque j’étais enfant !
The Sea is behind et Starve Your Dog ne sont pas encore sortis en salles, Jahilia – Ici on noie les chiens, long métrage que vous avez tourné récemment, est encore en post-production, votre nouveau court-métrage Ligne de vie vient d’être finalisé, et vous êtes actuellement en pleine réalisation des Nains… Dans Stati©, vous qualifiez le réalisateur américain Steven Soderbergh de « nouveau Speedy Gonzales du cinéma mondial », mais je me permets de vous adresser le même compliment. Comment procédez-vous en effet pour faire se succéder, à un rythme aussi effréné, les réalisations de films, téléfilms, courts métrages et autres séries télévisées, ainsi que les publications de romans, nouvelles et pièces de théâtre qui constituent l’ensemble de votre carrière pourtant encore très jeune ?
- C’est très simple : je travaille tous les jours, et je suis toujours très concentré. Je ne m’autorise pas beaucoup de distractions, mes seuls vices consistant à regarder des films, à chercher des bandes dessinées dans les marchés aux puce, et à les lire. Cela me laisse beaucoup de temps pour travailler sur mes projets, qui sont en effet très variés, et qui oscillent régulièrement entre le personnel et la commande. Je pense avoir toujours été assez stakhanoviste. Même Nabil Ayouch, au moment de notre rencontre, me disait que j’avais la « diarrhée » car je lui balançais scénario sur scénario ! J’ai conservé ce rythme, donc je ne m’étonne pas vraiment de tout ce que j’ai déjà pu faire, que cela soit bien ou moins bien. Quand j’ai une idée, je ne la mets pas de côté en me disant que je m’en occuperai plus tard, car ce serait courir le risque de la perdre. Je la développe donc, et j’écris le scénario. Je m’inflige beaucoup de discipline : si je décide d’écrire un scénario en un mois, je l’écris en un mois. C’est une méthode qui me permet de bien me concentrer, et surtout de bien travailler. Il faut dire aussi que j’adore écrire, donc dès que j’en ai le temps, je m’y colle. C’est un peu comme le sport : pour garder la forme, il ne faut jamais cesser de produire.
Entretien réalisé par Roland Carrée en juin 2015 à Casablanca, issu de Répliques n°5
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